Médicament et justice
Alors qu'une enquête préliminaire a été ouverte à Paris au sujet du médiator (voir ci dessous l'article du Monde du 08.01.11), la revue prescrire qui en signalait depuis longtemps la dangerosité est attaquée à son tour par le laboratoire pharmaceutique Astellas (voir ci dessous l'article des echos du 04/01/11 ). Les groupes pharmaceutiques vont-ils supporter l'action d'une revue indépendante nuisible à leur lobbying ?
Mediator : une enquête préliminaire a été ouverte à Paris
LEMONDE.FR | 08.01.11
Dès 1997, la revue "Prescrire" recommandait de retirer le Mediator du marché, ses effets n'étant pas connus.
Dès 1997, la revue "Prescrire" recommandait de retirer le Mediator du marché, ses effets n'étant pas connus. AFP/FRED TANNEAU
Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire dès le mois de décembre sur le médicament Mediator, accusé d'avoir entraîné de graves problèmes cardiaques et de nombreux décès, a indiqué, samedi 8 janvier, une source judiciaire anonyme à l'AFP. L'ouverture de cette enquête a été décidée "avant les premières plaintes" au mois de décembre "suite à des révélations parues dans la presse", a précisé cette source.
"Il s'agit de déterminer l'ampleur de l'impact de ce médicament sur les usagers ainsi que le degré de responsabilité du laboratoire l'ayant produit, relate une source proche du dossier citée par Le Parisien. Les investigations s'annoncent, d'ores et déjà, longues. Des patients traités avec ce médicament vont être entendus". L'enquête a été confiée aux gendarmes de l'Office central de lutte contre les atteintes à l'environnement et à la santé publique (Oclaesp). Fin novembre, le parquet de Paris avait demandé à l'Oclaesp un premier rapport sur le médicament. L'Inspection générale des affaires sociales (IGAS) doit également rendre un rapport à la mi-janvier.
DES CENTAINES DE PLAINTES
L'Association des victimes de l'Isoméride et du Mediator (AVIM) a indiqué au cours de la semaine qu'elle déposerait cent plaintes auprès du Pôle de santé publique du tribunal de grande instance de Paris pour blessures involontaires et dix pour homicides involontaires. Cinq cents nouvelles plaintes, en cours de finalisation, seront déposés "avant la fin du mois" de janvier, a-t-il ajouté, indiquant que les plaignants étaient répartis "dans toute la France". A l'heure actuelle, une dizaine de plaintes auraient été déposées à Paris.
Dans un chat sur Le Monde.fr, Marie-Pierre Subtil, grand reporter au Monde, a estimé fin décembre que "le premier responsable" dans cette affaire était "le groupe Servier, dont les victimes peuvent attendre réparation". "Si la responsabilité de l'Etat est établie, on peut imaginer que les victimes obtiennent également réparation de l'Etat".
Le Mediator, un médicament fabriqué par les laboratoire Servier, destiné aux diabétiques en surpoids et largement détourné comme coupe-faim, a été commercialisé en France de 1976 à novembre 2009, date de son retrait du marché. Il est accusé d'avoir causé de graves problèmes cardiaques et pourrait être responsable de 500 à 2 000 décès, selon les estimations réalisées pour l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps). Mediator
Un laboratoire attaque en justice la revue médicale Prescrire
Les Echos 4/1/11
Le laboratoire Astellas Pharma a assigné en justice la revue médicale Prescrire pour avoir "dénigré" l'utilisation de l'un de ses produits, le Protopic, dans la prévention d'une maladie, l'eczéma atopique, a indiqué mardi à l'AFP la revue.
L'audience se tiendra mercredi après-midi devant le tribunal de grande instance de Paris, a précisé l'avocat de la revue médicale indépendante, Me Jean Martin.
La revue, spécialisée dans l'analyse des bienfaits et des méfaits des médicaments, avait critiqué l'usage du médicament "en prévention" de cette maladie de peau dans son numéro de septembre 2009. Le mensuel notait que le "tacrolimus (nom de la molécule du Protopic) dermique en +prévention+" pour l'eczéma atopique" est "un traitement à écarter". "Gare aux cancers, a fortiori avec un usage au long cours", avertissait l'article.
Cette pommade pour la peau, toujours dans cet usage préventif, a "une balance bénéfices-risques nettement défavorable", soutenait Prescrire évoquant par ailleurs de possibles "irritations et infections cutanées" (herpès, impétigo, etc.)" liées à cette nouvelle indication du traitement.
Le laboratoire Astellas Pharma estime que ce "dénigrement" lui porte préjudice et dénonce "le caractère erroné, voire mensonger, de certaines critiques figurant dans l'article litigieux".
Pour l'avocat de la revue, "c'est la liberté d'expression et l'exercice de la liberté de critique qui sont en jeu".


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